Le chevauchement des aires de jeu.

La relation d'échange que nous avons, Herbert et moi, a lieu dans un chevauchement, une interpénétration de nos aires de jeu respectives.
Le son plus mélodique et vivant qu'Herbert adopte en le reproduisant, et qu'il expérimente à la place de son râle, provient de mon aire de jeu, de ma production sonore personnelle. Il est mon identité sonore, le produit de mon histoire.

De la même manière, en l'imitant dans le jeu, je fais l'expérience du râle d' Herbert, qui est une partie de son histoire personnelle vécue, et son identité sonore également.
Il y a dans ce jeu un échange et une appropriation mutuelle d'un peu de l'autre, une expérience de quelque chose qui n'est pas soi, mais qui en même temps n'est pas totalement étranger.
Cette expérience du jeu partagé nous permet ainsi d'accéder par moment à une certaine connaissance intuitive de l'autre.

L'intuition ici correspond peut-être à un effet d'empathie, qui nous permet de ressentir, dans une certaine mesure, les sentiments et les émotions de l'autre, ou d'en avoir une certaine compréhension.
Je crois que la relation qu'Herbert a avec moi est importante pour lui, d'abord parce qu'il y a des affinités entre nous, et ensuite parce que cette relation ritualisée, c'est à dire qui prend du sens avec le temps, lui permet d'être créatif et vivant, et en même temps contenu dans son expérience intérieure.
Le mardi matin, jour de la séance, qui aura lieu l'après-midi, il m'interpelle avec humour : " Alors, cet après-midi c'est le grand déballage sentimental ! "

" Il ne saurait vraisemblablement y avoir de destruction complète de la capacité de l'individu à vivre une vie créative; même en cas de soumission extrême et d'établissement d'une fausse personnalité, il existe, cachée quelque part une vie secrète, qui est satisfaisante parce que créative et propre à l'être humain dont il s'agit. Ce qu'elle a d'insatisfaisant est dû au fait qu'elle est cachée et, par conséquent, qu'elle ne s'enrichit pas au contact de l'expérience de la vie. "