La destruction de l'objet.

Après la séance, elle me demande si j'ai eu peur. Je lui réponds négativement, mais je lui dis en me bouchant les oreilles, et avec une grimace, que c'était trop fort et que j'ai eu mal aux oreilles. Elle rit et me dit qu'elle a eu un " petit peu peur ".
Ensuite elle interpelle d'autres participants par leur prénom, riant toujours, amicalement, et demande à chacun si ils ont eu peur.
Elle s'enquiert des effets qu'a eu son jeu sur nous, il apparait donc bien que nous comptons pour elle. Peut-être vérifie-t-elle ainsi que nous avons bien survécu à son agression sonore.
J'envisage là un autre aspect du comportement de Béatrice.

C'est une personne cordiale, disposée à la relation, et l'on peut se demander si sa production sonore envahissante n'est pas une tentative de destruction fantasmatique du musicothérapeute et des autres participants, pour les faire exister en dehors de cette aire de contrôle omnipotent justement. Le destin de l'objet aimé est d' être détruit dans le fantasme, et de survivre à cette destruction pour pouvoir être investi dans la réalité partagée, en tant qu'être humain, dans une véritable relation. Il ne serait pas étonnant que Béatrice se situe dans ce cheminement, en quête de son identité, pour accéder à un statut de sujet autonome, acteur et créateur dans le groupe.
D.W.Winnicott note, à ce sujet :
" Il n'y a pas de colère dans la destruction de l'objet à laquelle je me réfère ici, bien que l'on puisse dire qu'il y a de la joie lorsque l'objet survit . "

Peut-être Brigitte met-elle aussi en scène une crise d'épilepsie, de celles qui la terrassent et la laissent impuissante. Elle produit par le sonore un envahissement destructeur peut-être comparable pour elle, mais dans ce jeu elle le maîtrise et peut y mettre fin d'elle même, lorsqu'elle le souhaite.