Un échange vocal avec des râles et du chant.

Je propose ensuite une improvisation collective qui va durer 7 minutes.
Je laisse commencer les participants, et Sylvette se met à chanter " Guantanamera " presque à tue-tête, accompagnée de son carillon. Les autres suivent cette pulsation, et je les accompagne discrètement avec le balafon. Après quelques minutes, Herbert intervient et pousse des cris rauques, forts, brefs et répétés, venus du fond de sa gorge : " ou-ah, ou-ah, ou-ah… ". Je reprends cette voix en l'imitant le mieux possible. Herbert me répond et nous échangeons alternativement nos cris ainsi tous les deux, pendant quelques instants. Valérie réagit, se lève de son fauteuil, et propose un cri moins guttural, un " aaaaah " sonore qu'elle répète plusieurs fois. Sylvette éclate de rire, et chante un " aaaaaaaaaaaaah " aigu et strident beaucoup plus prolongé qui, pendant une ou deux secondes, envahit tout l'espace du jeu. J'en appelle à un peu de modération en proposant ce dernier son prolongé, mais en plus doux, " ouououououh ", et avec moins d'intensité. Herbert m'imite, abandonne son intonation gutturale et sinistre ( qui me fait penser à un cri de détresse ) et monte vocalement dans le registre des aigus. Nos regards se croisent et je lui réponds, puis je reviens dans mon registre médium ( j'ai le sentiment qu'il veut trop bien faire, et qu'il se met en difficulté ). Je propose un " ououououh " plus discret, tout en reprenant avec le balafon la pulsation toujours tenue par le carillon. Herbert reprend sa guitare et rejoint lui aussi la pulsation du groupe en jouant ensemble les cordes à vide. Je propose d'arrêter le jeu.
Je demande à Herbert s'il a le sentiment que nous avons communiqué, échangé entre nous.
Il reste évasif : " Un peu avec les autres, mais j'ai surtout essayé de te suivre. "
Il semblerait qu'actuellement pour lui, être dans une relation d'échange consiste à être soit celui qui entraîne tout le monde, soit celui qui imite servilement le leader. " J'ai réussi à faire monter l'aiguille dans les rouges ! " poursuit-il. Il m'explique que c'est lorsqu'il arrive à chanter dans les notes aiguës. Je note chez Herbert un besoin d'être constamment dans le savoir et la maîtrise. Cela va se confirmer aussi dans l'habitude qu'il prend au fil du temps, d'intervenir systématiquement pour donner un avis sur les productions sonores des autres patients.