L'expression et l'impression.

J'utilise à plusieurs reprises le concept d'expression. Il s'agit de la mise à l'extérieur de quelque chose de soi que l'on rend sinon compréhensible, du moins tangible pour les autres, et qui renvoie au concept d'impression, qui suppose que quelque chose est inscrit à un moment donné à l'intérieur du sujet.
L'enfant ne vient pas au monde vierge de toute influence et on peut supposer qu'avant la naissance, des éléments l'influencent, des facteurs biologiques, génétiques, et agissent sur lui. A ce stade, il est une entité biologique humaine et vivante, mais il n'est pas encore un soi au sens psychologique du terme, seulement un soi en devenir.

De plus, dans le ventre maternel l'enfant est en contact avec des sensations et des perceptions, bien qu'il soit protégé du monde extérieur.

La question est vaste, et pour ma part, je me limiterai aux facteurs d'influences à partir de la naissance. A ce moment, l'enfant se trouve assailli par de nombreuses et sans doute violentes sensations et perceptions nouvelles. La mère médiatise cet environnement en protégeant l'enfant, et en essayant d'adoucir et d'humaniser cette rencontre difficile avec le monde extérieur réel.

Ce qui est fondamental, c'est ce qui va prendre sens aux yeux de l'enfant, dans sa relation avec l'environnement maternel, ce qu'il va pouvoir comprendre du monde. Cette expérience du monde, médiatisée, dans le cadre d'une relation maternelle " suffisamment bonne ", pour reprendre les termes de D.W. Winnicott, c'est à dire fusionnelle et permanente au début, puis qui laissera un peu plus d'espace à l'enfant par la suite, cette relation va s'inscrire dans le moi naissant de l'enfant, être symbolisée sous forme d'images mentales, associées à des odeurs, des goûts, des sons, des objets. Ce sont ces émotions premières, humanisées, et tout ce qui leur est associé, qui vont s'imprimer dans la psyché de l'enfant, faire trace, permettre la structuration du moi, et l'avènement d'un sujet.

Dans le langage ordinaire, l'impression est quelque chose de vague, incertain, mal défini :
" j'ai l'impression que… ", alors que pour l'enfant, dans le contexte particulier auquel je me réfère, elle va être constituante de la possibilité d'élaboration par le sujet d'un monde interne personnel.

L'observation clinique quotidienne nous montre que les carences ou les traumatismes affectifs produisent également des traces, des impressions par défaut, lorsque la mère ne peut pas, pour diverses raisons, être suffisamment disponible, ou pour d'autres raisons encore (maladie, fragilité, hypersensibilité de l'enfant ), " trous symboliques " qui ne manqueront pas de produire des effets, parfois de façon dramatique, dans l'existence du sujet.

Ce sont donc ces traces ou ces stigmates qui s'expriment tout au long de notre vie, qui s'expriment dans la réalité extérieure sans que nous en ayions conscience, ou qui s'expriment avec notre volonté, mais sans que nous sachions jamais vraiment et exactement de quoi il s'agit.