La fonction contenante de la mère.

Lorsque la mère contient l'enfant physiquement, par les soins corporels qu'elle lui donne, par sa proximité, ses caresses, par sa manière de le porter, elle délimite ainsi le corps de l'enfant, et lui permet de ressentir et d'intégrer les limites externes de son propre corps à lui.
De la même manière, sur le plan psychique, par une adaptation optimale de la mère au petit enfant et à ses besoins, par sa disponibilité, sa capacité d'apaisement, d'écoute et de retransmission, elle permet à l'enfant de se sentir progressivement comme un ensemble d'éléments cohérents et contenus, et d'élaborer ainsi un moi, de construire un monde interne personnel lui aussi contenant.
Une peau psychique émerge ainsi, comparable à l'enveloppe corporelle.
Esther Bick, une psychanalyste qui a beaucoup travaillé au contact des nourrissons, décrit plus précisément ce mécanisme, dans un article que je cite en partie :

" La thèse est que dans leur forme la plus primitive, les parties de la personnalité [du bébé] sont ressenties comme n'ayant entre elles aucune force liante et doivent par conséquent être maintenues ensemble, d'une façon qui est vécue passivement par elles, grâce à la peau fonctionnant comme une frontière. Mais cette fonction interne de contenir les éléments du self dépend initialement de l'introjection d'un objet externe éprouvé comme capable de remplir cette fonction. Plus tard, l'identification à cette fonction de l'objet remplace l'état non-intégré et donne lieu au phantasme d'espaces intérieur et extérieur. Alors seulement l'étape est atteinte pour que s'opère le premier clivage et idéalisation du self et de l'objet tel que l'a décrit M.Klein. […] Le besoin d'un objet contenant semblerait, dans l'état non-intégré du premier âge, produire une recherche frénétique d'un objet -une lumière, une odeur, une voix, ou un autre objet sensuel- qui puisse retenir l'attention et, partant, être éprouvé momentanément au moins comme tenant rassemblées les parties de la personnalité. L'objet optimal est le mamelon-dans-la-bouche joint à la façon qu'a la mère de tenir et de parler et à son odeur familière. "

Esther Bick, article, L'expérience de la peau dans les relations d'objet précoces, 1968.