La jubilation de Béatrice.

Béatrice a choisi l'instrument le plus sonore de l'instrumentarium, la timbale, et elle joue d'une manière extrêmement forte, comme si elle testait la résistance du matériel, ou notre capacité à accepter l'intensité de son jeu. Il y a des réactions dans l'assistance, avant, pendant, et après sa présentation :
" Joue pas trop fort, hein, Béatrice… "
" …Casse les oreilles !… "
Même les plus modérés du groupe font des commentaires après la présentation sonore.
" …Béatrice, elle joue un peu trop fort !… "
Je dis que je suis aussi de cet avis.
Mais rien n'y fait. Dès que Béatrice commence à jouer, elle est hilare, ravie. Elle m'adresse des coups d'œil heureux et complices. Plus elle joue fort, plus cela la fait rire. Je fronce un peu les sourcils, en lui faisant signe du bras, pour l'inciter à la modération.
Elle m'écoute, se reprend un peu, mais c'est plus fort qu'elle, elle repart de plus belle.
Bien que Béatrice soit fatigable, elle se donne vraiment à ce jeu, et elle nous envahit complètement par son intensité sonore.

Ce qui me frappe chez Béatrice, c'est cette impression de plaisir intense, de découverte permanente qu'elle exprime. Elle ne donnerait sa place pour rien au monde dans ce moment là. Parfois elle glousse pendant qu'elle joue, ou éclate d'un rire franc ou étouffé, pour elle-même. Une espèce du jubilation.