La danse et la mobilisation du corps.

Il m'a semblé que de travailler avec elle autour du corps, du rythme, et de la musique, ne pourrait qu'être bénéfique pour elle. Que ce travail pourrait l'animer un peu, mettre en elle quelque chose de vivant.
J'ai remarqué que Marilyne était souvent en prostration, rigide, mais que lorsqu'on la sollicite sur le mode de l'humour, du jeu, ou dans un registre musical, elle répond volontiers à ces sollicitations par des mimiques, des sons vocaux, des sourires.
Il ne semble pas y avoir d'inhibition chez Marilyne. Il semblerait qu'elle ait juste besoin de se mettre en action.
Je lui propose de danser en écoutant de la musique africaine. J'ai sélectionné un passage sobre et aéré de Orgy in rythm, d'Art Blakey, dans lequel un coup de tambour basse marque simplement la pulsation, et rebondit très régulièrement sur un tempo assez lent. Marilyne a du mal à se lever de son fauteuil, mais en l'encourageant elle accepte de venir danser avec moi. Je lui demande juste de se pencher vers la gauche, puis vers la droite au gré du rythme, comme je le fais moi-même. Elle semble un peu embarrassée par son grand corps, mais elle sourit et semble contente de cet exercice, que nous faisons pendant 1 minute à peu près. Je balance aussi mes bras pour lui montrer que l'on peut amplifier le mouvement. J'accentue exagérément les déhanchements pour bien décomposer la pulsation en deux temps qui se répondent. Marilyne continue aussi à se balancer de manière alternée, avec la musique.
Mais j'ai conscience que nous infligeons à son corps un effort inhabituel, je n'insiste pas, et lui demande de rejoindre son fauteuil. Il me semble que mon enthousiasme est nécessaire pour l'accompagner dans ce travail, mais Marilyne accepte de danser, et le fait sans déplaisir apparent.
De sa place, elle s'adresse à moi : " …Bien, hein ? " Je la félicite beaucoup pour sa participation.