Les psalmodies de Béatrice.

Ces six séances se sont déroulées de manière identique, mais par moment, au cours de certaines séances, Béatrice se met à psalmodier doucement du fond de la gorge et du thorax, et produit comme un son léger de sirène qui monte et qui descend. Ce son chaud et vivant, habité, semble accompagner une histoire dont on n'entend pas les paroles. Si elle croise mon regard, sa voix augmente en intensité, s'enrichit de quelques mots, que j'entends à moitié. Elle parle de " petit père ", surnom qu'elle donne à son père, de " tricher ", et de " belote ".
Je crois qu'elle me raconte des moments de son week-end, passé ou à venir. J'essaye d'avoir une explication, mais sans succès.
A l'écoute, Béatrice sourit, pince les lèvres, et remue la tête, satisfaite de son jeu.
En improvisation collective, Béatrice utilise le xylophone comme elle l'a fait précédemment, elle tape fort et fait sauter les lames. La musique des autres ne la dérange pas, elle ne change rien à ses habitudes. Je chante avec elle et nous psalmodions ainsi ensemble une minute, ce qui la motive pour chanter plus fort. Ensuite je romps sa mélodie en lui proposant par fantaisie quelques exclamations vocales brèves entrecoupées de silences brefs. Elle interrompt sa psalmodie et entre dans mon jeu avec un grand sourire. Je reprends ensuite la psalmodie, et elle fait de même, prête à éclater de rire. Nous faisons là un échange intéressant. Béatrice est pleine de bonne humeur, et ce jeu a sur elle un effet excitant.
J'essaye d'attirer son attention sur la musique des autres. Béatrice me fait " oui " de la tête, mais continue à jouer pour elle.