Résumé et analyse des séances.

Pendant les mois qui suivent, Herbert participe avec assiduité à toutes les séances. Il a adopté la guitare, c'est le seul instrument qu'il prend. C'est paradoxal compte tenu des difficultés qu'il rencontre dans le domaine de la motricité fine.
Ses présentations sonores individuelles sont inégales, mais il me surprend parfois par la sérénité, le calme de son jeu à la guitare, et je le lui dis.
Il ajoute régulièrement la voix au jeu de sa guitare, de manière fugace, soit en début, soit en fin de présentation.
Sa participation aux improvisations collectives est importante. En cela et par son inventivité et sa spontanéité, il a un rôle de leader. Du fait de cette implication, Herbert amène d'autres participants à se mettre en avant dans le jeu collectif, avec l'utilisation de la voix également.

Spontanément, Herbert ne s'exprime avec sa voix qu'en proposant des cris et des râles. Ceci est peut-être lié à sa rigidité musculaire. Dans la relation que nous avons, lui, moi et les autres, Herbert se met à chanter d'une manière plus détendue et aérée.
Herbert semble ne pas avoir d'inhibition sur le plan de l'expression sonore: il prend sa voix telle qu'elle est et l'utilise; il m'a dit récemment au cours d'une séance qu'il ressentait sa voix comme appartenant à un homme préhistorique.

Nous avons beaucoup discuté sur le sens de la musicothérapie ; il me semble qu'il est en train de comprendre qu'il n'y a pas une bonne musique et une mauvaise, que chacun s'exprime, joue, apporte dans le jeu ce qu'il est à l'intérieur de lui. Je lui ai dit que cela ne m'intéressait pas de savoir si il était meilleur ou moins bon que les autres, que nous étions en musicothérapie pour faire de la musique ensemble, chacun à sa manière et en fonction de nos possibilités.
Herbert est maintenant plus respectueux des autres.
Il lui arrive par moment de se laisser aller, d'oublier son besoin de maîtrise. Des petits gestes qu'il s'autorise à faire m'étonnent de sa part, lui si poli, si obséquieux, si soucieux du protocole. Un jour en début de séance, après avoir réglé le matériel d'enregistrement, je dis négligemment, regardant ailleurs, un peu pris dans mes pensées:
" Présentation sonore individuelle : qui veut commencer ? "
J'entends " ding, dong ", le son de deux cordes de guitare. Je constate avec surprise qu'il s'agit d'Herbert, qui m'indique qu'il est prêt et qu'il veut jouer !

Je trouve chez lui à l'heure actuelle plus de motivations et de désir de faire de la musicothérapie qu'auparavant. Herbert semble avoir trouvé un intérêt dans cet atelier d'expression. Lors des premières séances, Herbert se plaignait souvent, faisant état de mal-être, me disant par moment " Je manque de concentration… ", ou encore " Cela serait dommage si je m'endormais pendant la musicothérapie ? ", et je le rassurais évidemment: " Oui, ça serait vraiment dommage que tu t'endormes pendant la musicothérapie ".
Nous avons prévu un temps de détente après la séance de musicothérapie : boissons, cigarettes, etc. Herbert me parle beaucoup de sa vie personnelle, de son passé, comme si la musicothérapie et l'expression des émotions faisaient surgir un besoin de paroles. Je lui fais part de cette observation.