Une thérapie grâce au jeu et à la musique.

Dans les années 75, j'étais alors en fin de terminale, et je ne voyais pas du tout quel intérêt j'avais à passer mon baccalauréat. C'était une période de dépression, de découragement. Je jouais de la batterie de manière tout à fait personnelle, et j'étais très attiré par le free-jazz et l'improvisation musicale. Je m'investissais plus dans cette pratique que dans la réalisation d'un quelconque projet professionnel. J'étais livré à moi-même, sans trop savoir où j'allais.
J'ai donc abandonné mon bac, pour aller vivre plusieurs mois à Chartres au sein d'un groupe de free-jazz. Et là, j'ai pu jouer cette musique, en communication avec d'autres gens, réaliser un projet que j'idéalisais, et en même temps prendre conscience de ce que j'étais.
J'ai pu réaliser ce projet utopique [ je ne savais pas alors qu'il était irréaliste pour moi de vouloir devenir musicien professionnel ], me confronter à cette réalité fantasmée, jouer avec, pour pouvoir élaborer une nouvelle pensée plus adaptée à la réalité extérieure partagée, une pensée qui prenait en compte une perspective professionnelle et adulte.
Je me suis octroyé, toute affaire cessante, dans l'urgence, un temps et un espace transitionnel, de création, pour expérimenter quelque chose qui me tenait à cœur. Je pense que ce détour et cette expérience me furent bénéfiques justement dans la mesure où cette démarche était soutenue par un désir profond, et que cette thérapie par le jeu pouvait avoir lieu sans entraves et sans contraintes.
J'ai donc surmonté une difficulté, à laquelle je ne trouvais pas de solution immédiate, en faisant un détour par le jeu et la pratique de la musique.

J'ai ainsi réalisé qu'une telle forme d'expression, qui s'apparente à une urgence à jouer et à communiquer, était différable, et nullement incompatible avec l'obtention du bac, pour lequel il manquait finalement peu d'effort. J'étais près du but, et j'ai sagement repris le chemin des études.