Une voix qui est proche du râle.

La semaine suivante, pour la seconde séance, Herbert choisit la cymbale à pied, puis se ravise, et prend aussi la timbale. Lors de la production sonore individuelle, il joue un rythme assez complexe, qui peut s'énoncer : croche, croche, noire, croche, croche, noire, noire, noire, avec reproduction sans fautes de ce cycle rythmique. Les croches sont jouées à la cymbale, les noires sur la timbale. L'intensité est forte, et le tempo soutenu.
Il m'explique que cela lui fait penser à l'armée allemande pendant l'occupation de la France. Il ne l'a pas vécue, mais il a vu des films là-dessus.
En improvisation collective, Herbert joue une pulsation plus simple, qu'il ne garde pas longtemps et qu'il arrête bientôt pour utiliser sa voix : il crie en raclant sa gorge, comme si l'air lui manquait ; je chante avec lui et j'essaye de l'imiter. Il module la hauteur des sons légèrement, et je fais de même. Nous échangeons ainsi pendant un court moment, et j'essaye de proposer à Herbert la même expression vocale, mais moins rude, plus mélodique. Il arrive sans difficultés à se détendre et à aérer son chant. Nous essayons de rester dans la pulsation que le groupe a établie. A la fin du jeu, nous réécoutons, et Herbert me dit : " Il y a des changements, j'ai l'impression que j'ai évolué. "
" C'est bien possible, essaye de m'expliquer ce que tu veux dire. "
Herbert se défend : " Non, mais je dis pas que je suis meilleur que les autres, hein… "
Je lui réponds que chacun joue à sa façon, fait ce qu'il peut, ou ce qu'il a envie de faire. Qu'il n'y a pas de bonne et de mauvaise musique. Je lui explique de manière simple les objectifs de la musicothérapie : se faire plaisir dans un premier temps, et aussi jouer avec les autres, parce que c'est la vie, parce que l'on vit avec les autres.